Château Gaillard

La présence des Plantagenêts en Haute-Normandie remonte à la mort, en 1135, de Henri 1er Beauclerc, fils de Guillaume le Conquérant, roi d'Angleterre et duc de Normandie. Cette disparition plonge alors cette province dans une longue période d'anarchie. A la mort d'Henri, sa fille Mathilde et le mari de celle-un Geoffroy V dit Plantagenêt, comte d'Anjou, luttent pour reprendre la Normandie à Etienne de Blois. Ils y parviennent en 1144, mais doivent abandonner Gisors et quelques places fortes du Vexin à Louis VII, roi de France.

Henri II succède à son père Geoffroy en 1151. Il s'oppose au roi de France, le long de l'Epte, de l'Avre et de la Seine dans des batailles incessantes, entrecoupées de rencontres suivies de trêves. En 1177 s'ouvre enfin une période de paix.

A la génération suivante, Richard Coeur de Lion et Philippe Auguste partent pour la 3ème croisade en 1190, mais au retour le conflit reprend. Richard construit en un an Château-Gaillard.

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Vue des ruines de Château-Gaillard, 13 mars 2011, cliché C.Bélingard

Château-Gaillard est une forteresse militaire médiévale du XIIᵉ siècle en ruine qui se situe au cœur du Vexin normand, à 100 km de Paris dans la commune des Andelys. Il est bâti sur une falaise de calcaire dominant un grand méandre de la Seine. On peut y repérer des détails typiques de l'architecture médiévale du XIIème siècle. Voici quelques éléments extraits d'une présentation générale réalisée par le Service Territorial de l'Architecture et du Patrimoine de l'Eure ( 2012): 

Il est conçu selon un schéma reposant à la fois sur les principes de « la défense passive » grâce à un mur épais pour dissuader l’ennemi d’attaquer et sur « la défense en profondeur » qui consiste à multiplier les obstacles à l’avancée de l’ennemi pour atteindre la grosse tour ronde, le cœur de la citadelle. La nouveauté de Château-Gaillard est que les deux entités emboitées normalement l’une dans l’autre sont ici séparées, avec d’une part la partie proprement défensive située plus près de la Seine et le donjon en arrière dans une seconde partie plus en hauteur.

A cette double implantation territoriale se surajoute une double fonction défensive et résidentielle. Les éléments défensifs étaient pour la plus part visibles pour assurer la dissuasion et les éléments de vie étaient soient pas, peu visibles ou souterrains. Cette dimension en dessous a beaucoup d’importance. C’est du sous-sol qu’ont été extraites les pierres qui ont été taillées sur place pour gagner la course du temps lors de la construction au point, comme les fondations au profil bombé le montrent, que les joints de mortier n’ont pas eu le temps de sécher et de durcir. Ils se sont écrasés sous le poids des pierres. Les galeries d’extraction creusées à des fins militaires ont pu alors servir de lieux de stockage pour la nourriture et les autres denrées nécessaires à la vie des assiégés en période normale mais aussi pour résister à des sièges longs. C’était de la stratégie élaborée.

 

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Tours de Château-Gaillard, 13 mars 2011, cliché C.Bélingard

Après la mort de Richard Coeur de Lion en 1199, son frère Jean Sans Terre ne peut résister aux assauts de Philippe-Auguste qui, après un siège de sept mois, prend Château-Gaillard le 3 mars 1204 et entre à Rouen le 24 juin suivant. La présence anglaise en Haute-Normandie se renouvellera deux siècles plus tard, dans le contexte d'une lutte dynastique entre successeurs des Plantagenêts d'un côté et Valois de l'autre. La chute de la forteresse d'Arques en 1449 prélude de quelques mois à la victoire de Formigny.

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Château-Gaillard dominant la Seine de 90 m, 13 mars 2011, cliché C.Bélingard